vendredi, 21 mars 2008
Lire Buzzati
L'excellent blogue "Les carnets de JLK" nous rappelle opportunément un autre auteur italien absolument passionnant, il s'agit de Dino Buzzati, "l’auteur du célébrissime Désert des Tartares". A lire d'urgence.
Fuligineuse
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lundi, 10 mars 2008
Un nécessaire éloge de la lecture
Cet éloge reste-t-il encore à faire ? On pourrait se le demander, tant les vertus de la lecture sont valorisées de nos jours, aussi bien par l’école que par les institutions. Mais ce n’est pas forcément pour les bonnes raisons. Et le livre de l’anthropologue Michèle Petit « Éloge de la lecture » (éd. Belin) le démontre, qui a pour sous-titre « La construction de soi ».
Une réflexion réalisée sur la base d’une enquête recueillant des paroles de lecteurs de tous âges et de tous milieux, en milieu rural comme dans des quartiers populaires, et confrontée à des souvenirs de lectures rédigés par des écrivains : Thomas Bernhard, par exemple, mais aussi, plus près de nous, Pascal Quignard, Pierre Bergounioux ou Jean-Louis Baudry.
Ce que l’auteur entend faire passer dans ce texte relativement court (160 pages – mais pourquoi faudrait-il délayer ? Cette brièveté n’est pas sécheresse, au contraire), c’est une dimension de la lecture relativement « méconnue et sous-estimée » et que les lecteurs interrogés évoquent spontanément : le rôle de la lecture dans la formation par l’individu de son identité personnelle. Le livre est ainsi considéré comme « un viatique pour se découvrir ou se construire, pour élaborer son intériorité, sa subjectivité ».

Albert Anker : Jeune fille lisant (DR)
En effet, la valorisation universelle de la lecture à laquelle on assiste actuellement (et bien sûr, nous voulons tous que nos enfants lisent ou qu’ils lisent davantage, ou autre chose que des BD, etc…) met plutôt l’accent sur l’apport de lectures utiles, destinées à l’acquisition d’informations, et placées (tout comme l’organisation des bibliothèques, d’ailleurs) sous le signe de l’efficacité : on n’a pas de temps à perdre à lire des choses qui ne servent à rien.
Tandis que l’aspect individuel de la lecture qui nous intéresse ici, c’est celui qui conduit à l’appropriation par le lecteur de pages, d’images, d’épisodes qu’il va utiliser pour constituer son espace intérieur et construire sa propre représentation du monde. « Les lecteurs écrivent leur propre histoire entre les lignes lues ». Lecture qui va vers la découverte d’un espace autre, de « la présence des possibles, l’ailleurs, le dehors, la force de sortir des places attribuées, des espaces confinés ».
Mais cette découverte est souvent associée à une notion de transgression et/ou de subversion qui suscite en retour un autre phénomène étudié dans le même ouvrage : celui de la peur du livre. Peur qui naît dans la mesure où la lecture entre en conflit avec les valeurs propres au groupe ou au lieu où se situe le lecteur. Peur de la perte de contrôle qui se manifeste de la part des pouvoirs (institutions politiques ou structures familiales). Crainte de l’atteinte à leur image virile qui conduit à la « peur de l’intériorité chez les garçons ».
Ainsi la lecture « marque la conquête d’un espace et d’un temps intimes qui échappent à l’emprise du collectif ». D’un outil, avant tout, de liberté.
J’ai pris grand plaisir à la lecture de ce livre, même si j’ai dû avoir le déplaisir d’y rencontrer une parole particulièrement misogyne de mon cher Restif de la Bretonne (personne n’est parfait !) : « Il faudrait que l’écriture et la lecture fussent interdites à toutes les femmes. Ce serait le moyen de resserrer leurs idées et de les circonscrire dans les soins utiles du ménage, de leur inspirer du respect pour le premier sexe qui serait instruit de ces mêmes choses avec d’autant plus de soin que le deuxième sexe serait négligé ». (Démontrant ainsi que la soi-disant supériorité dudit premier sexe dépend de l’ignorance dans laquelle on entretient le deuxième). Chacun sait en effet que, comme le dit un ouvrage récemment paru (et que j'évoquais sur ce blogue), « les femmes qui lisent sont dangereuses »…
Fuligineuse
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mardi, 29 janvier 2008
En marge de Miklos Szentkuthy
Continuant mon exploration des commentateurs de Casanova, après le livre de Philippe Sollers, j’aborde celui de l’auteur hongrois Miklos Szentkuthy, En marge de Casanova. En matière de littérature, les Hongrois nous réservent souvent des découvertes passionnantes : je pense par exemple à Sándor Márai, à Péter Esterházy, à Magda Szabó (*), à Dezső Kosztolányi… Szentkuthy (1908-1988) est un esprit très original, assez déroutant, dont l’écriture semble partir dans tous les sens dans un foisonnement anarchique – mais elle possède en fait sa cohérence interne. D’autres que moi en parlent beaucoup mieux :
Szentkuthy est un esprit universel : intéressé par l’esprit comme par la matière, par la nature comme par les êtres humains, déchiré entre une esthétique riche, foisonnante, baroque, spectaculaire, et la linéarité de l’ascétisme et des mathématiques, il ne fait que chercher des associations dans le monde des choses. L’abstraction, le passage de l’analyse macroscopique à la synthèse généralisatrice, une écriture prolixe, impétueuse, fantaisiste, font de Szentkuthy un écrivain peu accessible mais d’une richesse inépuisable. (Eva Toulouze, traductrice de deux de ses livres).
Bâtisseur mégalomane, Szentkuthy a su être à la hauteur de sa démesure. Sa cathédrale de papier, baroque à l’extrême, conjugue des nefs historiques, des bas-côtés biographiques, un chœur lyrique, une flèche épique, des chapelles poétiques, des confessionnaux érotiques et quelques sacristies bourrées de farces et attrapes. Les neuf volumes de son extravagant bréviaire (Le Bréviaire de Saint Orphée) le font apparaître comme le plus rigoureux affabulateur qui soit, un géniteur de mythes qui se pare à volonté de pourpre cardinalice, d’oripeaux royaux ou de nippes de courtisanes. (André Velter)
La lecture de Miklós Szntkuthy s'accompagne d'effets plus ou moins immédiats, mais toujours salvateurs : éblouissements, vertige, abattement, saturation, etc. – l'impression domine, peu commune, de se trouver confronté à un prodigieux geyser de pure intelligence, réflexive et créatrice, en activité permanente. (Bruno Gendre, Les Inrockuptibles, 7/20 août 1996).
Plusieurs livres de Szentkuthy traduits en français ont été publiés chez José Corti, d’autres aux éditions Phébus, un (Chroniques burgondes) au Seuil.
Fuligineuse
Image : Szentkuthy en 1938 (image du site José Corti)
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(*) Dont un nouveau livre, Le Faon, vient de sortir chez Viviane Hamy.
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lundi, 28 janvier 2008
Le goût des bibliographies

Plus j’écris d’articles (je ne parle pas des notes du blogue), plus je m’aperçois que mes bibliographies prennent de l’ampleur. J’ai toujours apprécié le fait de m’appuyer sur une bibliographie substantielle mais peut-être que je commence à exagérer. Car enfin, une bibliographie est certes nécessaire pour situer un sujet, une référence, un contexte ; elle doit être précise et rigoureuse ; elle doit surtout être pertinente car sinon, on peut mettre n’importe quoi à propos de n’importe quoi (certains ne s’en privent pas), et je pourrais, par exemple, conseiller de lire Trois Chambres à Manhattan de Georges Simenon (un excellent roman d’ailleurs...) pour mieux comprendre cette note : ce serait absurde. Donc oui, une bibliographie est nécessaire. Ce qui se passe, c’est que j’éprouve un plaisir spécifique à établir une bibliographie, travail qui se fait progressivement à mesure que la rédaction de l’article avance ; à préciser au fur et à mesure tel ou tel aspect du sujet, en fonction de l’importance qui va lui être donnée dans la hiérarchie globale du texte ; à éliminer, le cas échéant, un livre ou un document qui avait pu sembler initialement utile, voire incontournable ; enfin à considérer l’ensemble de la bibliographie achevée presque comme une œuvre en soi et en tout cas comme un potentiel de recherche ultérieure élargie à d’autres champs ou au contraire reconcentrée sur un aspect particulier du thème. Et c’est cela, je crois, qui me plaît. Je conserve d’ailleurs des bibliographies rencontrées dans certains ouvrages faisant partie de mes propres bibliographies, et qui ouvrent à des lectures à venir des pans entiers de découvertes.
Fuligineuse
image Amazon
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vendredi, 18 janvier 2008
N'oublions pas Romain Rolland
Un ami, qui se reconnaîtra assurément, me disait récemment : « Aujourd'hui pas grand’monde ne lit Roger Vailland, mais plus personne ne lit Romain Rolland… Et pourtant… »
Et pourtant c’est une grande figure de la littérature et de l’humanisme que Romain Rolland, écrivain français, né à Clamecy (Nièvre) le 29 janvier 1866 et mort à Vézelay (Yonne) le 30 décembre 1944.
Issu d'une famille de notaires, il trouve dans son ascendance des paysans et des bourgeois aisés, ancêtres qu’il les mettra en scène dans un truculent récit bourguignon, « Colas Breugnon », paru en 1919.
Reçu à l'École normale supérieure en 1886, il se destine au concours d'agrégation de philosophie, auquel il renonce pour ne pas avoir à se soumettre à l'idéologie dominante - manifestation de ce qui sera sa règle, l'indépendance d'esprit. Il est reçu à l'agrégation d'histoire en 1889.
Il passe ensuite deux ans, de 1889 à 1891, à Rome où sa rencontre avec Malwida von Meysenbug, qui avait été l'amie de Nietzsche et Wagner, ainsi que la découverte des chefs-d'œuvre de l'art italien, seront décisives pour la construction de sa pensée. À son retour, il passe son doctorat de lettres en présentant une thèse sur « Les origines du théâtre lyrique moderne : histoire de l'opéra en Europe avant Lulli et Scarlatti ». Mais il n’a pas la vocation de l’enseignement et dès que la littérature lui assure de modestes revenus, il donne sa démission de l'Université, en 1912.
Il correspond avec Sigmund Freud de 1909 jusqu'à 1924, date où il le rencontre à Vienne. Il entretient également des rapports épistolaires et amicaux avec Stefan Zweig. À compter de 1923, il entretient avec Freud une discussion de laquelle émergera la notion de « sentiment océanique ». En 1924, son livre sur Gandhi contribue beaucoup à faire connaître ce dernier, qu'il rencontre en 1931, et son engagement pour la non-violence.

Romain Rolland avec Gandhi en 1931 (DR)
Rolland est en Suisse lors de la déclaration de la Première Guerre mondiale, dont il comprend très vite qu’elle est un « suicide » de l'Europe. Bouleversé, il décide alors de ne pas quitter le pays ; outre son engagement au sein de la Croix Rouge, il pourra ainsi librement diffuser ses œuvres. C´est ainsi que la série de pamphlets à l´encontre des pays belligérants, « Au dessus de la mêlée », paraît au Journal de Genève : Rolland y dénonce avec véhémence leur quête d´une victoire totale, au lieu de vouloir négocier une paix équitable. Equitable, Rolland a voulu l’être aussi bien envers la France qu’envers l’Allemagne. Mais, en raison d´une prétendue attitude antipatriotique, il est considéré par des nationalistes comme un traître à son pays. La publication de ses articles, à Paris, a un large écho dans la seconde moitié de la guerre : ils sont traduits en plusieurs langues – mais pas en allemand – et contribuent largement, avec son roman "Jean-Christophe", à ce qu’on lui décerne le Prix Nobel de Littérature en 1915.
Gros roman en dix volumes, c’est l’histoire de Jean-Christophe Krafft, un musicien allemand. Ce personnage qui incarne un espoir d'une humanité réconciliée, notamment en montrant la complémentarité de la France et l'Allemagne, est aussi un héros romantique comme le Werther de Goethe et où l’image de Beethoven apparaît en filigrane. La vie du héros se transforme ainsi en quête d’une sagesse : il doit passer par une série d’épreuves, les « cercles de l’Enfer », maîtriser ses passions, avant d’atteindre à l’Harmonie, qui est coïncidence avec le rythme de la Vie universelle.
Pour avoir critiqué les deux camps d’avoir fait durer trop longtemps la guerre, dans le but d’obtenir une victoire destructrice, Rolland devient une figure non seulement du mouvement pacifiste international, mais aussi du mouvement de la Troisième internationale. En avril 1917, Lénine lui propose de rentrer avec lui dans la Russie en pleine révolution. Offre que Rolland décline, en raison d´une indépendance politique se voulant au-dessus des partis, qu’il regrettera plus tard.
Après la guerre, il s’installe au bord du lac Léman pour se consacrer à son œuvre. Sa vie est entrecoupée de problèmes de santé et de voyages à l’occasion de manifestations artistiques. Son voyage à Moscou en 1935, à l’invitation de Gorki, fait exception : il s’agissait de rencontrer Staline pour essayer d'agir comme un ambassadeur des intellectuels français auprès de l’Union soviétique.

En 1937, il revient s’établir à Vézelay qui tombe en zone occupée en 1940. Pendant l’Occupation, il reste blotti dans une solitude totale et silencieuse. Il termine ses Mémoires et met également une touche finale à ses recherches musicales. Enfin, il écrit « Péguy », paru en 1944, dans lequel ses souvenirs personnels éclairent la réflexion d'une vie sur la religion et le socialisme.
« Je cherche dans l’âme humaine le métal qui résiste à la fournaise, l’esprit plus fort que la mort, et s’il apporte avec lui des actes pour franchir l’abîme du néant », écrivait-il en 1910.

On ne trouve pas forcément facilement ses livres, mais la revue Europe lui vient de lui consacrer un numéro en octobre 2007.
Fuligineuse
--- éléments biographiques tirés de la Wikipedia
--- portrait de Romain Rolland, par Fred Boissonnas, vers 1914 – image desArchives littéraires suisses
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mercredi, 16 janvier 2008
La nouvelle bibliothèque de Babel
Un nouveau site Internet, Babelio, est consacré aux livres et aux lecteurs avec le slogan « connectons nos bibliothèques ». Il permet aux internautes de cataloguer leurs bibliothèques en ligne, d’afficher leurs appréciations et d’échanger leurs impressions avec d’autres lecteurs dans cet espace de dialogue. Babelio est un projet lancé en janvier 2007 par trois amateurs de livres, Vassil Stefanov, Guillaume Teisseire et Pierre Fremaux. Bien conçu et efficace (oublions quelques « couacs » comme certains auteurs répertoriés avec le prénom à la place du nom…), le site permet au lecteur bibliophage de circuler dans la bibliothèque du voisin sans déranger sa poussière.

En outre, les organisateurs ont lancé en 2007 Masse critique, une opération destinée à rapprocher les éditeurs des blogueurs littéraires. Les maisons partenaires (pour l’instant, Pocket, Belfond, Presses de la Cité, XO et Oh ! Éditions) proposaient d’envoyer des livres gracieusement aux membres de Babelio, en échange d’une critique sur leur blog et sur Babelio.com. L’opération maintenant achevée devrait se répéter à l’avenir. Pour information complémentaire : contact@babelio.com.
Qu’en aurait pensé Borges ?
Fuligineuse
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dimanche, 02 décembre 2007
Tout est dans tout
"La peinture ne peut pas être séparée de la musique, de la danse, de l'architecture, de la sculpture, de la poésie, du roman, du théâtre, de l'opéra et, de proche en proche, des chambres à coucher, des bureaux, des terrasses, des caves, des rues, des cafés, des bordels, des cimetières, des égouts, des usines, des ministères, des laboratoires, des observatoires, des journaux, des studios, des jardins, des montagnes, des rivières, des mers. Et réciproquement."
Philippe Sollers, La Fête à Venise, p. 147
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mardi, 20 novembre 2007
Y’a l’homme (évidemment)
Il n’est pas fréquent que j’écrive une note sur un livre que je n’ai même pas fini de lire, c’est même exceptionnel. Bon, dans le cas présent, j’en suis quand même aux neuf dixièmes. Il s’agit de Mensonges sur le divan, roman de l’auteur américain Irvin D. Yalom.
J’ai l’impression, mais je peux me tromper, que Yalom n’est pas tellement connu en France. Pour moi, c’est en Grèce (où il est traduit également) que j’en ai entendu parler. Le titre annonce la couleur et Yalom sait très bien de quoi il parle :
Professeur à Stanford, Irvin D. Yalom est psychiatre à Palo Alto (Californie). Il est né à Washington en 1931 de parents russes. Docteur en médecine depuis 1956, il a mené de front une double carrière de psychiatre et d’animateur de thérapies de groupe.
Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont trois romans : "Apprendre à mourir - La méthode Schopenhauer", "Et Nietzsche a pleuré" et "Mensonges sur le divan", publiés en français par Galaade Éditions, et des textes portant sur la psychothérapie, notamment "Le Bourreau de l’amour", qui a été un best-seller aux USA.
Nul besoin d’avoir étudié Freud, Jung et les autres pour suivre cette histoire dont le héros est un psychanalyste. Mais si on s’intéresse si peu que ce soit à la psychanalyse, cela devient d’autant plus passionnant. Et surtout, c’est très amusant. Je dirais que Yalom est à la psychanalyse ce que David Lodge est au monde universitaire : nourris dans le sérail, ils en connaissent les arcanes, et ils choisissent l’humour pour faire passer leurs points de vue.
Fuligineuse
Le site perso d'Irvin Yalom
Image des éditions Galaade.
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mercredi, 24 octobre 2007
Infortuné Sureau
Lorsque j’ai acheté le roman de François Sureau « L’infortune », je ne connaissais en rien cet auteur. J’ai été, faut-il le dire ? (réponse : oui) attirée par la couverture, par ce fascinant tableau de Gustave Caillebotte, « Jeune homme à la fenêtre ». Je n’ai certes pas regretté mon achat. Plusieurs semaines après en avoir terminé la lecture, ce livre me trotte encore dans la tête.

L’histoire (d’après la fiche de l’éditeur) : Au début du siècle, Augustin Pieyre, qui est chirurgien à la Pitié-Salpêtrière, achète un petit château dans le Berry. Il aime son métier. Il a pris, croit-il, la mesure de sa vie, entre l'hôpital et ses misères, son père, libraire place Saint-Sulpice, l'amour qu'il porte à sa ville, et les plaisirs de l'amitié. Il lui reste encore à passer de l'autre côté du miroir. Augustin Pieyre et le château de Bussy se rencontrent. Commence alors pour Augustin un parcours initiatique où, sur les traces de ses aînés, il est mis en face de la folie, de l'amour, de la guerre, et de sa propre mort. Le Berry, étangs et forêts, Paris et l'hôpital, la Macédoine et Salonique, l'Égypte et l'Alsace, sont à l'arrière-plan de ce long voyage dicté par le désir de traverser les apparences.
Une vaste culture, une écriture tout à fait classique – dans le bon sens du terme – et un sens frappant de la formule sont mis au service de cette histoire peu commune, où la mélancolie du héros reste une donnée de base. Je feuillette le livre en écrivant cette note et je tombe sur une allusion à Vivant Denon (dont le nom, initialement, s’écrivait « de Non »). Sureau alterne harmonieusement des phrases très courtes et très simples avec de longues périodes précisant d’infimes nuances.
Je fais une petite recherche sur Internet et je vois que Sureau a publié en 2007 un livre intitulé L’Obéissance, dont on peut lire une critique en suivant ce lien.
Fuligineuse
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jeudi, 18 octobre 2007
Dix jours avec Monsieur Sollers
J’ai eu récemment l’occasion, sur une dizaine de jours, de lire trois livres de Philippe Sollers : un roman (Passion fixe), un journal (L’Année du tigre), un essai (Casanova l’admirable). Or je n’avais rien lu de cet auteur depuis… l’époque de Tel Quel. L’arbre cachant la forêt, l’image médiatique de Sollers m’agaçait et je n’allais pas chercher plus loin. Grossière erreur !
Ainsi j’enfonce joyeusement des portes ouvertes et je (re)découvre un écrivain que tout le monde connaît, ou croit connaître. Le roman Passion fixe, comme on dit idée fixe, mélange harmonieusement la passion de l’amour (plutôt que l’amour passion), celle de la révolution (on est à l’époque de mai 68) et celle de la Chine éternelle. Sollers est obsessionnel mais quel écrivain ne l’est pas ? Je m’aperçois que sa manière d’écrire de choses graves avec légèreté, avec humour, avec des paradoxes scintillants, me plaît. Il y a là un côté très 18e siècle. L’Année du tigre, en tant que journal « commandé » (si j’ai bien compris le projet du livre), est amusant et désespérant à la fois. Amusant par la manière de dire, toujours avec brio ; désespérant par ce qu’on y voit du monde, et qui n’a fait que croître et embellir depuis (c’est le journal de l’année 1998) : mondialisation, dérives du libéralisme, ordre moral, etc. C’est aussi l’année de l’affaire Clinton-Lewinsky, le « Monicagate » comme on disait alors, ce qui vaut quelques pages piquantes.
Des trois livres cependant, c’est le dernier, Casanova l’admirable, qui m’a le plus intéressée, et donné envie d’attaquer enfin le texte original (écrit en français, comme on ne le sait pas toujours) des Mémoires de Casanova. Sollers aime Casanova et il en parle avec une jubilation communicative. Et j'aime que les gens soient capables d'admiration. Le livre est superbement construit, suivant de loin un fil chronologique, mais y rattachant des développements thématiques. Nombreuses citations de Casanova. Exemple :
« Tout est combinaison et nous sommes auteurs de faits dont nous ne sommes pas complices. Tout ce qui nous arrive donc de plus important dans le monde n’est que ce qui doit nous arriver. Nous ne sommes que des atomes pensants, qui vont où le vent les pousse. »
Fuligineuse
*** En ligne : un mémoire de maîtrise, Tracé, Dans les romans de Philippe Sollers de 1983 à 1993, par Abdallah El-Khoury
*** Ils parlent eux aussi de Sollers ces jours-ci : Raymond Alcovère, Alina Reyes
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