vendredi, 25 juillet 2008
A tort ou à raison
Je tombe en arrêt devant cette phrase de Pierre Assouline dans sa République des Livres (article du 22 juillet, sur Michel Saint-Denis) :
Pourtant, en 1940, il passa quarante-huit heures auxquelles il ne cessa jamais de penser par la suite, convaincu à raison d’avoir vécu là des moments hors du commun.
Je ne sais trop pourquoi, mais cette locution « à raison » me chiffonne. Alors que l’inverse – s’il avait dit « à tort » - me semble tout à fait naturel. Il me semble même que je n’ai jamais vu ou entendu employer la première. A tort ou à raison, je crois qu’elle n’est guère usitée – ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle soit incorrecte.
Je ne veux pas avoir raison à tout prix (encore que…), aussi je vais parler d’autre chose, sans quitter des yeux la raison, cette autre folle du logis. Savez-vous ce qu’on appelle un « livre de raison » ? A l’origine c’était un simple registre de comptes, devenu par la suite une sorte de chronique rédigée par un chef de famille. On en conserve de nombreux exemples allant du 14e au 17e siècle (voir ici la liste de ceux détenus par la BNF).

Mais je laisserai le dernier mot à Eugène Ionesco :
La raison c'est la folie du plus fort. La raison du moins fort c'est de la folie.
Fuligineuse
Image : Livre de raison de Guillaume d’Ercuis (Bibliothèque Ste Geneviève) (source)
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lundi, 21 juillet 2008
Voix active, voix passive
Comparons ces deux phrases :
La première (entendue au journal télévisé) :
"Les salariés, qui ont appris les réductions de personnel à venir, sont abattus".
La même phrase mise au passé composé :
"Les salariés, qui avaient appris les réductions de personnel à venir, ont été abattus."
Ce qui me perturbe : comment se fait-il que le passage au passé composé induise un glissement de sens ? C'est que le verbe être s'utilise lui-même comme auxiliaire, ce qui donne à cette forme l'aspect d'un énoncé à la voix passive. Evidemment, l'exemple est un peu tiré par les cheveux pour les besoins de la cause. Car pour mettre la phrase au passé, il faudrait plutôt l'imparfait :
"Les salariés, qui avaient appris les réductions de personnel à venir, étaient abattus."
Fuligineuse
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samedi, 12 juillet 2008
Les enchaînés

Je me demande bien pourquoi ce type de jeu exerce sur moi un tel attrait. En effet, ce n’est pas drôle, ça ne sert à rien, on ne gagne rien, on a juste l’occasion d’exercer un tout petit poil de stratégie. C’est très monotone et répétitif. Pas de quoi réjouir spécialement les neurones… Bref cela m’intrigue, comme tout ce que, en moi, je n’arrive pas à comprendre.
Fuligineuse
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dimanche, 30 mars 2008
Le champ du cygne
D'une feuille levée par une lectrice de la bibliothèque et aperçue à la lisière de mon champ visuel est jaillie l'image l'un cygne battant de l'aile. L'espace d'un instant, j'ai véritablement VU le cygne, là où il n'y avait jamais eu autre chose qu'une feuille de papier blanc.
Fuligineuse (à la BPI de Beaubourg le 27 mars)
Image : photo de mon collègue blogueur Charles le Lycaon.
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mardi, 25 mars 2008
Le clin d’œil de l’ange
La semaine dernière, je lisais le (très bon) livre de souvenirs de Martin Winckler, « Légendes » (sur lequel je reviendrai bientôt). Samedi, me trouvant chez un ami pour une réunion de travail, j’aperçois un livre posé sur un meuble : c’était « Plumes d’ange » du même Winckler. J’explique à mon hôte que je viens de lire Légendes et je lui demande à emprunter ce livre, ce à quoi il consent volontiers, me disant que le livre a été posé là pour être rangé. Jetant un coup d’œil sur la 4e de couverture, je m’aperçois qu’il s’agit de la suite de Légendes, ce que je ne savais pas. Le hasard (auquel je ne crois pas) m’a apporté ce livre juste au bon moment, et je l’en remercie.
Fuligineuse
Image : Raphaël, Ange (fragment du retable de Baronci) 1500-01
Pinacoteca Tosio Martinengo, Brescia
Source Web Gallery of Art
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jeudi, 13 mars 2008
C'est bon ou c'est pas bon ?
Quand j'écris un article ou un essai, je sais tout de suite et avec un degré de certitude assez fort (disons de l'ordre de 74 %) si c'est bon ou pas.
Mais si j'écris de la fiction (ce qui est moins fréquent), je n'en sais strictement rien.
Je me demande bien pourquoi...
Fuligineuse
PS - Notre aimable hébergeur, H & F, a récemment "relooké", comme on dit en bon français, sa plate-forme et l'interface de publication des notes. Mais quant à la présentation des blogues, niet : rien de nouveau, on a toujours et uniquement les cinq bons vieux modèles disponibles.
Image : photo d'Oscar Murillo via OpenPhoto
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jeudi, 10 janvier 2008
Absolutisme
Au hasard des ondes, une émission de radio mentionne cette expression que j'ai toujours trouvée étonnante : l’oreille absolue. Vous savez sans doute ce que c’est mais je le rappelle quand même pour le cas où.
L’oreille absolue, par opposition à l'oreille relative, est la faculté pour quelqu'un de pouvoir identifier une note musicale en l’absence de référence. En Occident, seule une personne sur dix mille serait dotée d'une oreille absolue « active », c'est-à-dire serait capable de chanter sans repère une note correcte. (Il semble que l’oreille absolue soit un don congénital impossible à acquérir par la suite.) Ainsi la réputée Juilliard School of Music, à New York, a tenté sans succès de former des élèves pour qu'ils aient l'oreille absolue. (D’après Wikipedia)

Rêvant sur cette notion, je me suis demandé ce que pourrait être l’œil absolu. Celui qui identifierait les couleurs dans leurs moindres nuances ? Bien des gens confondent le vert et le bleu, par exemple. Ou plutôt, car la perception est toujours chose subjective, bien des gens appellent bleu ce que moi je désignerais comme vert, et lycée de Versailles.
Le nez absolu serait celui qui distinguerait toutes les odeurs avec toutes leurs composantes, comme le personnage du Parfum de Patrick Susskind (livre excellent que je viens de relire cette année, pardon l’année dernière, enfin en 2007, quoi.) Etc, etc.
Allez en paix, chers lecteurs, je vous donne l’absolution.
Fuligineuse
pour en savoir plus sur l’oreille absolue
image de chez Oazik
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vendredi, 14 décembre 2007
Faux contraires

Il y a tout de même des choses curieuses dans la langue française. Il est clair par exemple que le préfixe dé- ajouté aux verbes indique une action contraire : faire/défaire, monter/démonter, etc. Pourtant, voici toute une série de verbes où ce n’est pas le cas… et il y en a sûrement d’autres…
mener/démener
river/dériver
passer/dépasser
nommer/dénommer
céder/décéder
limiter/délimiter
Pour les noms et adjectifs, la même remarque est valable pour le préfixe -in : possible/impossible, capacité/incapacité. Mais nous avons cependant :
passible/impassible
fraction/infraction
gestion/ingestion
Il y a aussi les mots commençant par -in et dont l’inverse (dont ils auraient dû être issus) n’existe pas : inexorable, innocent.
Fuligineuse
Image : Francis Bacon, Portrait du pape Innocent X
Source : artchive.com
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samedi, 10 novembre 2007
Au siècle dernier

C’est pour moi inévitable (pour le moment du moins), si on me parle de quelque chose advenu « au siècle dernier », je pense qu’il s’agit du 19e siècle. Il me faut réellement faire un effort pour assimiler le fait que le siècle dernier, désormais (enfin, pour encore 93 ans, au-delà desquels, personnellement, je ne réponds de rien…), c’est le 20e siècle. Je suis sans doute trop vieille ; et tout bien considéré, ça m’est égal.
Fuligineuse
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jeudi, 01 novembre 2007
Le pronostic vital est engagé
Encore une de ces expressions hexagonales qui m'agacent : à propos d'un malade ou d'un blessé, "le pronostic vital est engagé". Quelle hypocrisie dans l'euphémisme. A-t-on tellement peur du mot "mort" ? La réponse est sans doute oui. Pourtant, et pour chacun d'entre nous, à partir du moment où nous poussons notre premier cri, le pronostic vital est engagé...
Fuligineuse
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