vendredi, 09 mai 2008
Les boites magiques de Joseph Cornell
Depuis longtemps, je regarde avec délices (dès que j’en ai l’occasion) les images du travail de Joseph Cornell, (1903-1972), un sculpteur américain, comptant parmi les pionniers de l'assemblage. Ses « boîtes » vitrées, au fond desquelles il dispose collages et objets, peuvent être rattachées au courant surréaliste, bien qu’il se soit toujours farouchement revendiqué comme indépendant. Elles sont mystérieuses et évidentes comme des rêves.

Ces jours-ci j’ai découvert un site de toute beauté qui présente des œuvres de Joseph Cornell, il dépend du Peabody Essex Museum de Salem, Massachusetts (oui, le Salem des Sorcières de Salem). Ce musée a présenté en 2007 une grande rétrospective de Cornell intitulée Navigating the Imagination.
On peut voir aussi de nombreuses images sur le site du Smithsonian American Art Museum (SAAM).
Fuligineuse
07:21 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 07 mai 2008
Le jeu de la douleur et du hasard
Une bibliothèque sans livres, c’est un endroit bien étrange, assurément. C’est cette première impression qui l’emporte en pénétrant dans la salle Labrouste, la grande salle de la Bibliothèque Nationale (site Richelieu) qui, dépouillée de ses livres partis à Tolbiac, accueille le « projet » de Sophie Calle, Prenez soin de vous.
Sophie Calle, artiste plasticienne, photographe, écrivaine et réalisatrice française fait, depuis plus de trente ans, de sa vie, notamment des moments les plus intimes, son œuvre, en utilisant tous les supports possibles : livres, photos, vidéos, films, performances…, inventant des procédés pour raconter sa vie, et finalement aussi celle des autres. Sophie Calle dévoile, entre performances et romans, une démarche narrative où se mêlent fétichisme, représentation et voyeurisme. (…) En 2007, elle publie Prenez soin de vous, un roman construit autour d’une lettre de rupture, dont elle est la destinataire. Sophie Calle a demandé à 107 femmes d’interpréter ce court texte. « J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par ces mots : Prenez soin de vous (*). J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre. J’ai demandé à cent sept femmes – dont une à plumes et deux en bois –, choisies pour leur métier, leur talent, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel. L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer, l’épuiser. Comprendre pour moi. Parler à ma place. Une façon de prendre le temps de rompre. A mon rythme. Prendre soin de moi. »
Présentée à la Biennale de Venise 2007, l’œuvre est aujourd'hui (et jusqu’au 8 juin) proposée à la BN dans une mise en scène de Daniel Buren.

(image extraite de "Douleur exquise" - DR)
Bien qu’elle m’agace souvent, notamment par le côté voyeuriste/exhibitionniste qui est aussi loin de moi que peut l’être la théorie de Merleau-Ponty sur la phénoménologie de la perception, l’œuvre de Sophie Calle me parle aussi et me touche. Et je peux dire que j’admire sa capacité à transformer en jeu les matériaux les plus douloureux de sa propre existence.
L’installation de la BN se présente sous des formes aussi diverses que les personnalités des 107 femmes associées au projet de Sophie Calle. Leurs interventions sont proposées à la lecture sur des lutrins, accrochées aux murs devant les casiers veufs de livres, lues sur des ordinateurs. On grapille ici et là, on dérive d’un banc à un autre. (Un point noir, le brouhaha ambiant, dont j’ai la nette impression qu’il s’agit d’une bande-son délibérément superposée au bruit « naturel » du lieu…)
« Le hasard reste souverain et c’est lui qui décide souvent du commencement ou du déroulement de l’œuvre, écrit Florence Pillet. Quand Sophie Calle trouve un répertoire perdu dans la rue, elle décide d’interroger les personnes dont le carnet contient les contacts pour obtenir un portrait lentement élaboré du propriétaire de l’objet. Le hasard est aussi provoqué, comme quand on cherche des rapprochements et des coïncidences dans l’enchaînement de faits, un procédé narratif utilisé jusqu’à l’intoxication par Paul Auster dans son œuvre littéraire. Paul Auster s’inspire ainsi de Sophie Calle pour créer le personnage de Maria Turner dans Leviathan, en retour Sophie « performe » quelque temps plus tard les actions décrites par l’auteur : « j’ai décidé d’obéir au livre », avant de lui demander d’établir d’autres actions qu’il souhaite la voir réaliser. On obtient alors un jeu de correspondances, de miroir et de mise en abîme entre l’artiste, le personnage de fiction, l’écriture, la lecture et l’œuvre, où chaque univers vient s’enrichir de créativité ludique. »
-----
(*) C’est une formule un peu étrange, en tout cas peu fréquente en français. Il me semble que ce n’est pas loin d’un anglicisme. En anglais on dit beaucoup plus aisément « take care » en prenant congé de quelqu'un, que ce soit provisoire ou définitif…
11:13 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
lundi, 05 mai 2008
La fille de l’araignée

Sur l’affiche, on voit une vieille dame, une très vieille dame – elle a quatre-vingt seize ans et demi –, les bras croisés, les yeux baissés. Elle porte un béret ; j’ai l’impression que c’est un clin d’œil de la part de celle qui, née française en 1911, vit aux USA depuis 1938. Cet humour, c’est aussi la marque de fabrique de Louise Bourgeois, grand sculpteur, grande artiste à qui le centre Pompidou consacre actuellement (et jusqu’au 2 juin) une belle exposition.
Car en même temps qu’elle nous interpelle – et avec quelle vigueur – sur des sujets qui dérangent, Madame Louise Bourgeois, visiblement, ne se prend pas au sérieux : c’est tout aussi admirable, à mes yeux, que la qualité de son travail. Deux cents œuvres (peintures, sculptures, dessins et gravures) sont présentées à Beaubourg, couvrant soixante-dix ans d’activité. « La richesse et la diversité de son œuvre résultent de sa position singulière, toujours décalée : entre deux mondes, entre deux langues, entre féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrie… Sa sculpture, hybride, témoigne de ce va-et-vient entre des pôles opposés, de ce dédoublement. En allant au plus profond de son inconscient, Louise Bourgeois rejoint les mythes universels et les archétypes, donnant une vision à la fois obscène et dionysiaque de la figure maternelle. » (extrait du texte de présentation du Centre Pompidou)
« Dans mon art, je suis l'assassin. Je ressens le supplice de l'assassin, celui qui doit vivre avec sa conscience. Comme artiste, je suis un être puissant. Au quotidien, je suis comme une souris derrière le calorifère », déclare Louise Bourgeois (source : Cybermuse).
Louise Bourgeois : L'arc de l'hystérie
La présentation thématique de l’expo renforce cette mise en évidence des thèmes récurrents de l’artiste : naissance, maternité, blessure, métaphores du corps toujours présent, présence du corps au monde. La puissance des formes qu’elle crée, leur étrangeté, leur violence parfois, engendrent le malaise, la remise en question. Alors qu’en général, je goûte plus souvent des œuvres artistiques dont la beauté appartient à l’harmonie, je suis toutefois fortement attirée par le travail de Louise Bourgeois. Je suis fascinée. Qu’une femme comme elle représente sa mère sous les traits d’une araignée géante, et surtout que cette représentation ne soit pas complètement négative, mais bien ambiguë comme le sont les choses dans la vie réelle, je trouve cela magnifique.

Fuligineuse
Images Centre Pompidou
------
Quelques documents à lire :
le dossier du centre Pompidou
la note du blogueur Lunettes Rouges
l’article de Rue 89
l’article du Figaro
et pour les anglophones un texte de la Tate Gallery
08:26 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
samedi, 05 avril 2008
Le monde comme système et comme représentation
Vu au Musée d’Art Moderne l’exposition du peintre allemand A.R. Penck, qui porte le titre de « Peinture – Système – Monde ». Une découverte pour moi qui ne connaissais pas du tout son œuvre. Les premières images que j’en ai vues m’ont fait penser à Basquiat. A.R. Penck, de son vrai nom Ralf Winkler, né à Dresde en 1939, passé à l’Ouest en 1980, vit actuellement en Irlande. Il s’est donné également d’autres pseudos dont celui de Mike Hammer (ce nom est par ailleurs celui d’un personnage des romans policiers de Mickey Spillane ; je ne sais pas si Penck avait l’intention d’y faire allusion).

Ce qui m’a beaucoup frappée en abordant cette œuvre (magnifiquement présentée par le MAM), c’est le fait que Penck est à la fois quelqu'un qui « pense » beaucoup sa peinture, qui développe une théorie de l’art, mais qui produit aussi des tableaux que l’on peut recevoir sans s’encombrer de cet appareil théorique et qui vous parlent avec une grande simplicité. Dès le début de son œuvre fait son apparition le personnage dessiné en bâtons noirs qu’il systématise par la suite. Il élabore ensuite le concept de « Standart » (mélange des mots « standard » et « standarte » qui signifie « étendard » en allemand). Dans l’exposition parisienne, cette phase est illustrée par une série de 31 toiles où le personnage en bâtons noirs aux bras levés est la base d’un projet de langage de signes. Ces 31 toiles sont carrées, avec un fond gris plus ou moins foncé, où se détache la silhouette du bonhomme au trait noir épais, accompagné d’interventions (croix, ronds, divers barbouillages) en rouge. Le bonhomme noir Standart (stand up, art !) est mis à mal alors que debout, il lève les bras (vers le ciel ?)
Plus tard, dans Théoricien et Lion : St Jérôme moderne (1995) l’homme-bâton noir est aux prises avec un grand lion-bâton noir debout (évoquant le symbole Peugeot…)
Remarqué aussi dans l’expo :
- Der Übergang (le Passage) 1963. Un homme nu tout noir, aux bras démesurés étendus, traverse un ravin sur une planche posée entre les deux bords ; cette planche est bordée de petites flammes. La notion de passage semble importante chez Penck : on voit aussi des dessins ayant pour titre Going through (« la traversée », ou encore Through the Black Hole (« à travers le trou noir »).

- Des sculptures en bois fendu posées sur un plateau triangulaire géant qui avance dans la salle comme la proue d’un navire.
- Très fréquemment la présence dans ces tableaux de mots et de lettres, notamment les voyelles UOAIE (dans cet ordre).
- Penck a réalisé plus de 200 livres à exemplaire unique. « Je m’intéresse au rapport entre le mot, l’image et le son ». Une cinquantaine sont exposés. Dessins, mots calligraphiés, textes. « Registre de travail ». J’aimerais comprendre l’allemand pour déchiffrer. Mais il y a un livre intitulé Sonnets ouvert à la page de ce poème manuscrit en anglais (1997) : London. (Voir l'annexe à cette note)
- La série Chamäleon, de grandes toiles de couleurs vives (alors que les précédents étaient généralement en noir/blanc/gris ou marron), notamment Meeting, 1976. Un homme en silhouette noire au centre du tableau et une grosse tête fendue à œil unique et dents vertes.
- Le Couple (1984) : à gauche un homme rouge, filiforme, à droite une femme aux grosses cuisses, jambes vertes, torse et bras rouge-noir ; entre les deux, un aigle aux ailes étendues.

Extrait du manifeste de Penck dans le catalogue
"(…) A la fin des années 1950, les notions d’information et d’information visuelle, de même que la théorie des automates abstraits, ont pris pour moi une importance toujours plus accrue. Tout comme le langage de la cybernétique, avec son degré d’abstraction élevé et le concept de système. Tout cela s’est infiltré dans ma peinture et m’a conduit à réfléchir à la logique des images et à faire des expérimentations concrètes sur ce terrain. Cela m’a amené à développer le concept de Standart et à entreprendre de nombreux essais sur les signes et les espaces symboliques, sur le caractère de signal des signes et des symboles. La notion de système a été quelque chose d’essentiel et de prépondérant. L’image comme système – le système comme image. Grâce à cette méthodologie nouvelle pour moi, mes motifs et mes thèmes se sont modifiés. Ils sont devenus plus généraux et plus politiques. La guerre froide entre l’Est et l’Ouest est le thème que j’ai traité dans mes premiers « tableaux-systèmes » (Systembilder)."
Fuligineuse
A lire sur Penck :
un article dans le Monde et un autre dans Libération
Voir aussi : un article sur le site Paris Art
07:05 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Annexe à la note sur Penck
Un poème de A. R. Penck
London
I am arrived now and the sun is shining.
I left the German stuff behind – so what
All those places are hard to understand
And harder to organize something.
I’m ready made and I’m underlining
Such situation in my mind, so that
is not the result – it is not the trend.
It’s like an eagle with a broken wing.
If I do realize this cold-strange being
Could be a drum, a flute, a bell, a band.
I show you therefore what you must regret
What I’m looking for, what I’m seeing.
So that’s the point. It comes and goes away
And I’m crying badly Yeah, Yeah, Yeah !
(Extrait du livre manuscrit “Sonnets”, 1997)
Traduction par Fuligineuse (Commentaires sollicités auprès du Pr MuMM) :
Londres
Voilà, je suis arrivé et le soleil brille.
J’ai laissé derrière moi mon bazar allemand – et alors ?
Tous ces endroits, c’est difficile à comprendre
Et encore plus pour organiser quelque chose.
Je suis « ready made » et je souligne
Une telle situation dans ma tête, de sorte que
ce n’est pas le résultat – ce n’est pas la tendance.
C’est comme un aigle qui a une aile cassée.
Si je me rends compte que cet être froid-étrange
Pourrait être un tambour, une flûte, une cloche, un orchestre
Je te montre donc ce que tu dois regretter
Ce que je cherche, ce que je vois.
Ainsi la question est là. Ça va et ça vient.
Et je pleure très fort Yeah, Yeah, Yeah !
(Extrait du livre manuscrit “Sonnets”, 1997)
07:00 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mercredi, 05 mars 2008
Ulcérations
Encore un peintre que je connais peu, ou mal, et qu’une exposition récente m’a permis de mieux apprécier : Soutine. Et de plus j’y suis allée le tout dernier jour d’ouverture…
Cette exposition tenue en un lieu nouveau, la Pinacothèque (place de la Madeleine) comprend environ 80 tableaux, dont la majorité redécouvertes, restaurées et exposées pour la première fois. L’ensemble provient de collections privées et de musées internationaux français, japonais, suisses et américains.
Etrange personnage que Soutine avec toutes les légendes qui l’entourent, né en 1893 (ou 1894 ?) en Lituanie (ou en Biélorussie ?), arrivé à Paris en 1913, mort prématurément en 1943, ami de Modigliani…
« Qualifié à juste titre d’artiste expressionniste, il est le seul à avoir représenté ce mouvement en France alors qu’il est la base même de tous les mouvements qui se développent aussi bien en Allemagne qu’en Autriche à la même période, indique la Pinacothèque dans son texte de présentation. Véritable visionnaire, il transcende une réalité pour la transformer en une représentation imaginaire avec près d’un siècle d’avance. À la charnière de plusieurs mouvements à peine encore naissants, il s’appuie sur ses prédécesseurs les plus classiques et les plus illustres (Rembrandt, Courbet, Corot, Cézanne…) pour devenir le précurseur majeur des plus grands artistes contemporains : de Pollock à De Kooning. Référent pour tout le mouvement Cobra, mais également pour Bacon dont la puissance picturale est dans la stricte lignée de celle de Soutine. »
Cette filiation de Bacon est particulièrement sensible dans les portraits peints par Soutine et qui montrent des personnages décharnés, déformés, aux traits fortement accentués (avec souvent de gigantesques oreilles !) J’ai été ainsi très attirée par cette femme en bleu aux yeux démesurés désignée sous le nom de « la folle ».
Mais les paysages, eux aussi, subissent des transformations singulières, comme des étirements ou des torsions, comme celles d’un corps humain souffrant. Par certains aspects, et alors que leurs techniques picturales ne se ressemblent vraiment pas, Soutine me fait penser aussi à un autre peintre que j’aime beaucoup, Egon Schiele.
Fuligineuse
--- J'ai des images à mettre sur cette note mais Haut & Fort traîne tellement les pieds ce matin que cela attendra...
12:35 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
vendredi, 29 février 2008
Un fauve en cage
Vu l’exposition Vlaminck au musée du Luxembourg. (Ce n’est pas la première fois que je le constate : ce musée présente d’excellentes expositions, mais… Mais l’espace est vraiment trop restreint, et l’affluence fait que l’on ne peut vraiment pas voir les toiles dans des conditions correctes.)
J’avais de Vlaminck (1876-1958) un souvenir surtout de bleus intenses comme celui de ce Champ rouge :

et c’est donc avec grand plaisir que j’ai constaté l’usage qu’il fait de la couleur rouge, extrêmement présente et intense dans des œuvres comme le Pont de Chatou (1905) (ci-dessous) ou le Verger (1907) ou encore la nature morte - de 1907 également - qui montre deux oranges (enfin, pas sûr que ce soit des oranges) et trois cafetières bleues sur un plan rouge.
L’exposition, indique le musée, rassemble des œuvres de 1900 à 1915, c’est-à-dire depuis les premières peintures de jeunesse connues (les réalisations antérieures, peintes dès l’âge de 17 ans, ont disparu) et qui affirment déjà la violence d’une expression caractéristique du peintre autodidacte, jusqu’à celles réalisées au début de la Première guerre mondiale, témoignant des recherches de restitution de l’espace qui l’animaient alors.
Dans un article assez sévère par ailleurs, Philippe Dagen estime que cette période constitue « la meilleure époque » du peintre : « Après 1918, son oeuvre s'est réduite à un paysagisme crépusculaire et neigeux produit en série. »
Un regard d’ensemble sur la production de Vlaminck à cette époque met en évidence la part essentielle qu’il prit au renouvellement de la peinture initié au début du siècle, l’inventivité des recherches qu’il mena avec Derain et qui firent de Chatou l’un des foyers les plus actifs de ce renouveau.
Dans cette période de grandes remises en question et de bouleversements esthétiques, l’œuvre de Vlaminck est à considérer à la fois à travers sa relation à la génération post-impressionniste qui l’a précédé (Van Gogh, Gauguin, les Nabis, Cézanne, Signac), et sa formidable audace qui le conduisit vers une gestualité expressive, une outrance de la couleur et une déformation sélective n’ayant craint aucun débordement : « Je haussais tous les tons, je transposais dans une orchestration de couleurs pures tous les sentiments qui m’étaient perceptibles. J’étais un barbare tendre et plein de violence » (Tournant dangereux, 1929).

Je suis intriguée par la toile dénommée « La Fille du Rat Mort » (quelqu’un peut-il me dire l’origine de ce titre ?), cette jeune femme au sein découvert, portant un chapeau rouge et, au genou, un ruban rouge sur ses bas noirs…
« J’ai tenté toute ma vie de peindre ces sentiments intraduisibles par la parole ou la plume en me servant de couleurs pour arrêter le film du temps et de le fixer sur la toile », déclarait Vlaminck en 1953.
Il écrit en 1948 dans son livre Portraits avant décès (éd. Flammarion) : « Ce que je voulais peindre, c’était l’objet lui-même avec son poids, sa densité, comme si je l’avais représenté avec la matière même dont il était formé ».

Selon Dagen, Vlaminck « aurait été le premier à acheter une sculpture africaine dans un bistrot d'Argenteuil ». Certaines des statuettes de sa collection sont ainsi exposées au musée du Luxembourg.
Fuligineuse
-------
"Vlaminck, un instinct fauve", Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris-6e. Tél. : 01-45-44-12-90. Jusqu'au 20 juillet. (Images du musée).
18:47 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
lundi, 11 février 2008
Femme qui sculpte avec les loups
Françoise Desbonnet exposera ses sculptures au restaurant l’Irlandais du 17 au 30 mai 2008.
Une œuvre forte et paisible à découvrir.
Fuligineuse

L'Irlandais
15 rue de la Santé Paris 13ème
métro Port Royal
tel 01 47 07 07 45
07:30 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
samedi, 26 janvier 2008
Bibliomanie galopante
Encore une exposition de livres anciens, mais ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre… A la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, sur le thème « Paris capitale du livre », une présentation qui, avec environ deux cents ouvrages, retrace les différentes étapes qui ont marqué dans cette ville l’évolution de l’imprimerie, du livre, de l’édition et de la presse.

Je vais quand même râler un peu et c’est pour dire que je comprends, bien sûr, que l’on prenne des précautions afin que l’éclairage n’abîme pas les précieux livres exposés ; mais cela va un peu trop loin à mon sens, au point qu’on n’y voit rien (comme disait le regretté Daniel Arasse) ou presque. Ainsi j’ai collé mon nez mutin sur la vitrine abritant un grand in-folio de 1475, La Cité de Dieu de saint Augustin, pas moins, une pure merveille ; mais je n’y voyais guère mieux. J’ai été émue aussi de contempler le Dictionnaire Universel de Furetière de 1690, un vrai monument. Mais aussi des ouvrages beaucoup plus modestes, comme par exemple ce « catalogue des livres qui se vendent en la boutique de la Veuve de Nicolas Oudot, libraire, rue de la Harpe » (1722)…
Le rôle de l’écrit, de l’imprimerie et de l’édition est fondamental pour Paris, capitale d’un Etat centralisé. On y élabore les textes règlementaires, on y publie la littérature officielle mais aussi celle de l’opposition au pouvoir. Dès les débuts de l’imprimerie, Paris se pose en deuxième plus grand centre européen d’édition, en concurrence avec Venise. Le nombre de titres publiés et les effectifs professionnels de cette activité augmentent constamment sous l’Ancien Régime. Les transformations politiques de la Révolution et le développement de l’industrialisation du XIXe siècle renforcent encore ce secteur.
A noter que l’exposition comporte un grand nombre d’ouvrages sur l’histoire du livre, de l’imprimerie et de la typographie, un des plus anciens étant l’Histoire de l’Imprimerie de Jean de la Caille, en 1689.
Fuligineuse
Jusqu’au 3 février 2008
Bibliothèque historique de la Ville de Paris
Salle d’exposition 22, rue Malher Paris 4e
Tél. 01 44 59 29 40Métro : Saint-Paul
------
Un très bon article sur cette expo sur le site de RFI
.
07:30 Publié dans actualités, de l'art ? j'adore !, jugements personnels et péremptoires | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
lundi, 21 janvier 2008
Art, science et discours
Le Laboratoire. Ce nouvel espace situé à Paris dans le quartier du Palais-Royal, qui s’est ouvert en octobre 2007, a donc pour objectif de présenter des créations expérimentales associant l’art et la science. Le « processus artscience », comme l’appelle son fondateur David Edwards, professeur de biologie médicale à l’université de Harvard, va s’appliquer au sein de cette structure à quatre programmes spécifiques : culturel (en partenariat avec le Théâtre de Gennevilliers), industriel (design), humanitaire et éducatif.

L’idée d’associer art et science n’est pas tout à fait nouvelle – on pense forcément à des gens comme Leonardo da Vinci – mais cela ne l’empêche pas de susciter un potentiel fécond. Je suis un peu critique sur le nom donné au lieu, car le terme de « laboratoire » semble tirer l’objet davantage du côté de la science que de l’art, or il aurait été souhaitable à mon sens de trouver une appellation qui puisse évoquer également les deux parties de l’hybride. Mais c’est là un détail. Et le nom rend bien compte de l’aspect « expérimental » des choses.

Une des premières expositions (dans ses derniers jours au moment où je l’ai vue) présentait un projet conçu par l’artiste Fabrice Hyber avec Robert Langer, professeur au fameux MIT de Boston. Pour (tenter de) dire les choses simplement, ils ont travaillé sur l’idée du parcours (destin ?) d’une cellule-souche et de ses diverses possibilités de développement. « Les différents échanges avec Robert Langer, l’information, la matière et les dessins ont permis à Fabrice Hyber d’élaborer une ‘matière à penser’. L’exposition présentée au Laboratoire est l’instant donné de ce processus créatif, l’accumulation de scènes et d’expériences sensuelles ». (extrait de la fiche de présentation).
Le résultat (toiles, objets, vidéos…) correspond à l’univers de l’artiste conçu comme un « gigantesque rhizome » qui se développe par accumulations, mutations, hybridations. Le corps humain et toute l’usine de transformation de la matière qu’il constitue est très présent. En fait chaque élément de l’exposition – si j’ai bien compris – n’est que la partie d’un objet global qui doit être considéré dans son ensemble.
C’est d’ailleurs quelque chose qui me perturbe parce que je n’aurais pas eu l’idée de regarder l’exposition de cette manière si je n’avais pas lu les textes de présentation du Laboratoire. J’ai de plus en plus l’impression que la création artistique aujourd'hui (là je marche sur des œufs parce que ce n’est pas mon domaine de compétence, mais tant pis, je donne mon avis de spectateur lambda…) n’existe que dans et par le discours qui l’accompagne. Je crois que je rêve toujours d’une œuvre auto-suffisante qui n’aurait besoin que d’exister pour faire sens. Mais peut-être que je m’égare… une fois de plus.
Fuligineuse
(photos de l'auteur)
------
Quelques liens vers
un article sur l’ouverture du Laboratoire
le site de Fabrice Hyber
------
[Le personnage ci-dessus, que n'aurait pas renié Arcimboldo, était fait de vrais fruits et légumes. A telle enseigne que ses pieds de céleris étaient... légèrement fanés.]
06:55 Publié dans de l'art ? j'adore ! | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note


