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mercredi, 07 mai 2008

Le jeu de la douleur et du hasard

Une bibliothèque sans livres, c’est un endroit bien étrange, assurément. C’est cette première impression qui l’emporte en pénétrant dans la salle Labrouste, la grande salle de la Bibliothèque Nationale (site Richelieu) qui, dépouillée de ses livres partis à Tolbiac, accueille le « projet » de Sophie Calle, Prenez soin de vous.

 

Ce que dit la BN :

Sophie Calle, artiste plasticienne, photographe, écrivaine et réalisatrice française fait, depuis plus de trente ans, de sa vie, notamment des moments les plus intimes, son œuvre, en utilisant tous les supports possibles : livres, photos, vidéos, films, performances…, inventant des procédés pour raconter sa vie, et finalement aussi celle des autres. Sophie Calle dévoile, entre performances et romans, une démarche narrative où se mêlent fétichisme, représentation et voyeurisme. (…) En 2007, elle publie Prenez soin de vous, un roman construit autour d’une lettre de rupture, dont elle est la destinataire. Sophie Calle a demandé à 107 femmes d’interpréter ce court texte. « J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par ces mots : Prenez soin de vous (*). J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre. J’ai demandé à cent sept femmes – dont une à plumes et deux en bois –, choisies pour leur métier, leur talent, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel. L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer, l’épuiser. Comprendre pour moi. Parler à ma place. Une façon de prendre le temps de rompre. A mon rythme. Prendre soin de moi. »

 

Présentée à la Biennale de Venise 2007, l’œuvre est aujourd'hui (et jusqu’au 8 juin) proposée à la BN dans une mise en scène de Daniel Buren.

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 (image extraite de "Douleur exquise" - DR)

Bien qu’elle m’agace souvent, notamment par le côté voyeuriste/exhibitionniste qui est aussi loin de moi que peut l’être la théorie de Merleau-Ponty sur la phénoménologie de la perception, l’œuvre de Sophie Calle me parle aussi et me touche. Et je peux dire que j’admire sa capacité à transformer en jeu les matériaux les plus douloureux de sa propre existence.

L’installation de la BN se présente sous des formes aussi diverses que les personnalités des 107 femmes associées au projet de Sophie Calle. Leurs interventions sont proposées à la lecture sur des lutrins, accrochées aux murs devant les casiers veufs de livres, lues sur des ordinateurs. On grapille ici et là, on dérive d’un banc à un autre. (Un point noir, le brouhaha ambiant, dont j’ai la nette impression qu’il s’agit d’une bande-son délibérément superposée au bruit « naturel » du lieu…)

 

« Le hasard reste souverain et c’est lui qui décide souvent du commencement ou du déroulement de l’œuvre, écrit Florence Pillet. Quand Sophie Calle trouve un répertoire perdu dans la rue, elle décide d’interroger les personnes dont le carnet contient les contacts pour obtenir un portrait lentement élaboré du propriétaire de l’objet. Le hasard est aussi provoqué, comme quand on cherche des rapprochements et des coïncidences dans l’enchaînement de faits, un procédé narratif utilisé jusqu’à l’intoxication par Paul Auster dans son œuvre littéraire. Paul Auster s’inspire ainsi de Sophie Calle pour créer le personnage de Maria Turner dans Leviathan, en retour Sophie « performe » quelque temps plus tard les actions décrites par l’auteur : « j’ai décidé d’obéir au livre », avant de lui demander d’établir d’autres actions qu’il souhaite la voir réaliser. On obtient alors un jeu de correspondances, de miroir et de mise en abîme entre l’artiste, le personnage de fiction, l’écriture, la lecture et l’œuvre, où chaque univers vient s’enrichir de créativité ludique. »

Fuligineuse

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(*) C’est une formule un peu étrange, en tout cas peu fréquente en français. Il me semble que ce n’est pas loin d’un anglicisme. En anglais on dit beaucoup plus aisément « take care » en prenant congé de quelqu'un, que ce soit provisoire ou définitif…

Commentaires

C'est amusant, parce que je venais à l'instant sur ton blog pour te demander si après Louise Bourgeois, tu n'avais pas l'intention d'aller voir Sophie Calle ! (que pour ma part j'ai beaucoup aimé, avec la part d'ironie que me semble contenir cette oeuvre)

La prochaine : Valérie Mrejen au Jeu de Paume ?

Ecrit par : Philippe[s] | mercredi, 07 mai 2008

Quelqu'un (Lunettes Rouges peut-être ?) dit que ces deux expos, Louise Bourgeois et Sophie Calle, sont visitées surtout par des femmes. Pour LB, je n'ai remarqué rien de tel. Pour SC, je dirais 70 % de public féminin.
Ma prochaine expo : les bronzes du Luristan à Cernuschi...

Ecrit par : fuligineuse | mercredi, 07 mai 2008

Beaucoup d'hommes (et d'enfants) le jour où j'étais à la BNF pour SC.

Ecrit par : Philippe[s] | jeudi, 08 mai 2008

un très beau que l'on m'avait offert pour me dire "prenez soin de vous", le hasard n'existe pas, le livre est là pour le prouver, puisqu'il existe à cause de ce "non hasard" qui permet la création

Ecrit par : la physionomiste | jeudi, 08 mai 2008

J'ai beaucoup aimé moi aussi et malgré un peu les mêmes préventions à priori que toi.
Moi aussi ça m'avait frappé: une nette majorité de femmes. Un peu normal au fond. Elle n'a fait s'exprimer que des femmes...
Les hommes sont moins coutumier et moins à l'aise sur ce terrain de la mise en scène intime de soi.
Tiens là-dessus il y a le film de Morder cependant, que j'irai voir peut-être...

Ecrit par : valclair | vendredi, 09 mai 2008

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