« L’Espagne de Florence Delay | Page d'accueil | Le jeu de la douleur et du hasard »

lundi, 05 mai 2008

La fille de l’araignée

299406944.jpg

Sur l’affiche, on voit une vieille dame, une très vieille dame – elle a quatre-vingt seize ans et demi –, les bras croisés, les yeux baissés. Elle porte un béret ; j’ai l’impression que c’est un clin d’œil de la part de celle qui, née française en 1911, vit aux USA depuis 1938. Cet humour, c’est aussi la marque de fabrique de Louise Bourgeois, grand sculpteur, grande artiste à qui le centre Pompidou consacre actuellement (et jusqu’au 2 juin) une belle exposition.

Car en même temps qu’elle nous interpelle – et avec quelle vigueur – sur des sujets qui dérangent, Madame Louise Bourgeois, visiblement, ne se prend pas au sérieux : c’est tout aussi admirable, à mes yeux, que la qualité de son travail. Deux cents œuvres (peintures, sculptures, dessins et gravures) sont présentées à Beaubourg, couvrant soixante-dix ans d’activité. « La richesse et la diversité de son œuvre résultent de sa position singulière, toujours décalée : entre deux mondes, entre deux langues, entre féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrie… Sa sculpture, hybride, témoigne de ce va-et-vient entre des pôles opposés, de ce dédoublement. En allant au plus profond de son inconscient, Louise Bourgeois rejoint les mythes universels et les archétypes, donnant une vision à la fois obscène et dionysiaque de la figure maternelle. » (extrait du texte de présentation du Centre Pompidou)

« Dans mon art, je suis l'assassin. Je ressens le supplice de l'assassin, celui qui doit vivre avec sa conscience. Comme artiste, je suis un être puissant. Au quotidien, je suis comme une souris derrière le calorifère », déclare Louise Bourgeois (source : Cybermuse).

783807265.JPG

 Louise Bourgeois : L'arc de l'hystérie

La présentation thématique de l’expo renforce cette mise en évidence des thèmes récurrents de l’artiste : naissance, maternité, blessure, métaphores du corps toujours présent, présence du corps au monde. La puissance des formes qu’elle crée, leur étrangeté, leur violence parfois, engendrent le malaise, la remise en question. Alors qu’en général, je goûte plus souvent des œuvres artistiques dont la beauté appartient à l’harmonie, je suis toutefois fortement attirée par le travail de Louise Bourgeois. Je suis fascinée. Qu’une femme comme elle représente sa mère sous les traits d’une araignée géante, et surtout que cette représentation ne soit pas complètement négative, mais bien ambiguë comme le sont les choses dans la vie réelle, je trouve cela magnifique.

1671073554.jpg

 

Fuligineuse

Images Centre Pompidou 

------ 

Quelques documents à lire :

le dossier du centre Pompidou

la note du blogueur Lunettes Rouges

l’article de Rue 89

l’article du Figaro

et pour les anglophones un texte de la Tate Gallery

 

 

Commentaires

Très belle photo...

Ecrit par : Lunettes Rouges | lundi, 05 mai 2008

Ah oui, on aurait pu s'y croiser en effet!
J'aime bien moi aussi ce que tu dis de cette expo, cette notion d'humour, de mise à distance qui fait que ces oeuvres qui pourraient mettre mal à l'aise ne le font pas en fait.
Ce n'est pas par hasard que j'ai choisi moi dans ma note sur mon blog de mettre la photo où cette adorable vieille dame avec son sourire mutin se promène avec sa "fillette" sous le bras. Je trouve que ce sourire dit beaucoup.

Ecrit par : valclair | lundi, 05 mai 2008

on doit se croiser parfois

Ecrit par : pont des arts | mardi, 06 mai 2008

"j'ai choisi moi dans ma note sur mon blog" : il manque un "personnellement".

Ecrit par : buzzer vous avez dit buzzer ? | mercredi, 07 mai 2008

magnifique ?? de représenter sa mère sous forme d'une araignée ?
j'ai du mal à voir où est la magnificence...

Ecrit par : alainx | mercredi, 07 mai 2008

C'est une femme libre, libre de saccager ou de représenter comme elle l'entend, AlainX, libre de dire comme elle le veut ce qu'elle veut.
Elle est parfaitement légitime dans ses provocations espiègles parce qu'elle a du talent. Et de magnifiques rides qu'elle porte fièrement car elle a gagné la liberté d'être elle, au-dedans et au-dehors.

Ecrit par : Henriette L. | mercredi, 04 juin 2008

Ecrire un commentaire