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lundi, 28 avril 2008

L'édredon rouge du père Philarète

 

L’île, film de Pavel Lounguine

Le film se passe dans un monastère orthodoxe, sur une île du nord de la Russie (il a été tourné au bord de la mer Blanche). Le moine Anatoli perturbe la vie de sa congrégation par son comportement étrange. Il ne fait rien comme les autres, arrive en retard aux offices, vit seul à l’écart dans une petite bâtisse sans fenêtre où il dort sur un tas de charbon… De plus, selon la rumeur, l'homme posséderait le pouvoir de guérir les malades, d'exorciser les démons et de prédire l'avenir... C'est en tout cas ce que croient les étrangers qui se rendent sur l'île. Mais le moine, qui souffre d'avoir commis une terrible faute dans sa jeunesse, se considère comme indigne de l'intérêt qu'il suscite...

 

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Avec ce film, le réalisateur russe Pavel Lounguine opère un changement radical. A la fin des années 80, il avait tourné son premier long métrage, Taxi blues, plongée nocturne et alcoolisée dans sa ville natale, Moscou. A travers la relation, tantôt hostile tantôt amicale, qui unit un chauffeur de taxi à un saxophoniste, le cinéaste brossait un portrait de la société russe à l'heure de la perestroika. J’avais bien aimé ce film empreint d’un humour grinçant, puis, dans la même veine, Luna Park (1992) et La Noce (2000).

 

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Lounguine (cité par Allociné) marque avec L'île un tournant dans sa carrière en abordant la religion : « Le film parle de l'existence de Dieu. Il arrive un moment dans la vie où cela devient une question primordiale. » Mais ce nouvel opus me laisse perplexe. Certes le film est bien fait, l’image superbe, l’interprétation impeccable (mention spéciale pour Piotr Mamonov qui était déjà, il y a près de vingt ans, le héros de Taxi Blues)… Mais qu’est-ce que Lounguine cherche à nous dire ? Que hors de la foi (et la foi chrétienne la plus traditionnelle qui soit), point de salut ? J’ai du mal à le croire – puisque c’est de croire qu’il s’agit.

 

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Et l’édredon dans tout ça ? Ah, c’est l’une des rares scènes amusantes du film – car on ne rigole pas beaucoup avec Dieu dans l’île. Pour essayer de ramener son moine dans le droit chemin, le père supérieur du couvent, Philarète, vient loger avec lui dans sa cahute. Soi-disant pour chasser les démons, Anatoli enfume l’étroit logis, jette les belles bottes du père supérieur au feu et son édredon à la mer. Cet édredon matelassé, d’un beau rouge carmin, que Philarète avait rapporté d’un voyage au mont Athos ( !!!) est peut-être la seule tache de couleur vive du film, tout dans les blancs-gris-noirs.

Fuligineuse 

Images Allociné

Commentaires

Film prodigieux, éblouissant. Nous sommes ici au niveau de Bernanos, de sa "Mouchette".
Le sujet, contrairement à ce que semble penser notre hôtesse, n'est pas Dieu, la Foi et autres (osons!...) "balivernes", mais bien, à travers cet édredon, les paysages magnifiques, de lichens, d'herbes nanifiées et d'arbres rabougris, le matérialisme, au sens second du terme.
Ce n'est pas un film métaphysique, sinon il ne m'intéresserait pas (à quoi bon la métaphysique, cette science de l'impuissance), mais politique, au sens plein du terme. Où allons-nous, qui sommes-nous, que faisons-nous sur cette terre, etc.
Faute de le comprendre, on passerait à côté de ce film et n'en ferait qu'un film parmi d'autres, parmi un flux de films-qui-sortent-le-mercredi...

Ecrit par : Alain (Georges) Leduc | mercredi, 30 avril 2008

Si ce n'est pas ça le sujet, qu'est-ce qu'il (Lounguine) nous bassine avec Dieu, la foi, la discipline monastique et tout le tremblement ? Et comment peux-tu dire "à quoi bon la métaphysique" ? C'est la seule question valable - possible - souhaitable - même s'il ne peut y avoir aucune réponse satisfaisante... (Je suis totalement IGNORANTE de la philo.) Mais "Où allons-nous, qui sommes-nous, que faisons-nous sur cette terre, etc." ce ne sont pas des questions métaphysiques, peut-être ? Dans quel état j'erre ???

Ecrit par : fuligineuse | mercredi, 30 avril 2008

Tout cela ne sert qu'à nourrir l'intrigue. Nous sommes dans une histoire. L'art, c'est de la représentation, avant tout, non? Et sans doute même que ça.
Pour t'expliquer ce que doit être ("devrait", "est", "serait", etc) une pensée non métaphysique, affranchie des barrières sémantiques habituelles qui ficèlent les dénominations que nous donnons aux gestes, aux choses, aux concepts, je ne saurais mieux faire que t'entraîner à écouter attentivement ce qu'en dit Fédier.
http://www.paris4philo.org/article-14409271-6.html
Merci en tout cas de m'avoir renvoyé en cette fin d'après-midi à la source. Grâce à toi, je viens de passer une heure à écouter un des meilleurs connaisseur de Martin Heidegger raconter des choses intelligentes. (Mais surtout nécessaires.)

Ecrit par : Alain (Georges) Leduc | mercredi, 30 avril 2008

Merci de ces infos. Tu fais donner la grosse artillerie... Heidegger, diantre !

Ecrit par : fuligineuse | jeudi, 01 mai 2008

Bonsoir, Elizabeth. S'il ne fallait qu'un exemple, et nous avons beaucoup de discussions récurrentes là-dessus, je plaiderais par ce "témoignage" que je trouve ce soir, au retour de ce riche entretien sur Roger-Vailland, que nous avons eu, Marc, toi et moi.
Voilà pourquoi je milite pour une totale transparence sur Internet. Quel est ce "D", qui nous traite, toi, moi, les autres, de "gros connard" (au singulier). Un lâche. Un petit facho. Un petit Le-Pen-dans-sa-tête, prêt à canarder tout ce qui bouge et pense... Un populiste. Si tu filtrais ton blog, ou exigeais ce que je te demande, à savoir une identification claire des intervenants, cela n'arriverait plus, ce crois-tu pas?
Bien cordialement, Alain (Georges) Leduc, qui assume son identité.

Ecrit par : Alain (Georges) Leduc | lundi, 12 mai 2008

Le commentaire ci-dessus d'AGL concerne un commentaire que j'ai effacé entre temps, et qui se bornait à énoncer "gros connard". Signé "nom". On ne va pas refaire ici et maintenant le débat récurrent sur la transparence d'Internet et l'anonymat... Je me refuse à filtrer les commentaires a priori, mais je me réserve le droit de supprimer a posteriori, comme je l'ai fait cette fois, ceux qui sont incorrects, injurieux, insultants.

Ecrit par : fuligineuse | mardi, 13 mai 2008

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