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mercredi, 26 mars 2008
Dans la ville blanche
Si ce n’était pas si loin de chez moi, je passerais bien la moitié de ma vie à la Cinémathèque. J’y ai revu samedi soir « Dans la ville blanche » d’Alain Tanner, un film dont j’avais conservé un souvenir à la fois imprécis (aucune idée de l’histoire) et fort.
La ville blanche, c’est Lisbonne, celle où débarque un jour Paul (le merveilleux Bruno Ganz), le mécanicien d’un cargo, las de travailler huit heures par jour sur ses machines par 50° de température, las d’un espace trop petit quand il est enfermé dans sa cabine, trop grand quand il en sort. Au hasard de ses déambulations dans la ville, Paul entre dans un café, lie conversation avec la serveuse, décide subitement de louer une chambre et de rester là. Son destin bascule.
La Lisbonne de Paul, le marin perdu (ô le beau livre de Jean-Claude Izzo…) n’est pas celle des touristes, des palais, des églises et des azulejos, c’est celle des petites gens, des ruelles où du linge sèche à chaque fenêtre, des petits tramways jaunes qui zigzaguent en brinqueballant, des marchés au poisson où les cris éclatent.

Paul sait ce qu’il fuit mais ne sait pas ce qu’il cherche. Pour le trouver, il s’efforce à tendre vers le rien, vers l’inaction totale, afin que quelque chose, peut-être, en surgisse. Il n’est pas en vacances ; en vacances, dit-il, on organise sa liberté ; il se considère comme un « déserteur ». Mais comme la nature a horreur du vide, dans ce rien où Paul tente de tracer une voie incertaine, il rencontre un amour qui va bientôt l’occuper tout entier. Ce ne sera pas non plus la solution, car Paul tente la quadrature du cercle : continuer d’aimer sa femme (dont le prénom m’échappe) restée au pays, comme il sied à une femme de marin, tout en aimant aussi Rosa, la jeune Portugaise. Ça ne pouvait pas marcher.
Le film est ponctué par les séquences des petits films en Super-8 que Paul tourne à Lisbonne et envoie à sa femme. Ah, j’oubliais, il joue aussi de l’harmonica : du blues. C’est tout ce qui lui reste d’ailleurs quand, dévalisé et blessé, il se décide à prendre le train du retour. L’harmonica.
Fuligineuse
07:35 Publié dans scènes, écrans, images | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note


