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vendredi, 23 mars 2007
Le renard dans la ville
Par effraction (Breaking and Entering)
Je suis allée voir ce film essentiellement à cause de Juliette Binoche que j’aime beaucoup. Je trouve que c’est un excellente actrice et aussi qu’elle a une sorte de mystère que les autres n’ont pas. C’est pourquoi le personnage d’Anna dans Fatale, le film de Louis Malle (qui globalement n’était pas très réussi, malgré de très bonnes choses) lui allait tellement bien.

L’argument de « Par effraction » : Will Francis (Jude Law), un architecte, traverse une période difficile avec Liv (Robin Wright Penn), sa compagne. Il vient en plus d'installer son cabinet d'architecte paysagiste dans King's Cross, un quartier de Londres en pleine réhabilitation. Cette installation attire une bande du coin qui le cambriole à répétition. Excédé, Will finit par suivre l'un des voleurs jusque chez lui où ce jeune garçon, Miro, vit avec sa mère, Amira (Juliette Binoche), une réfugiée bosniaque, qui fait des travaux de couture à domicile. Afin d'en apprendre plus sur le gang, Will tente de sympathiser avec Amira mais rapidement, des sentiments imprévus surgissent... Pour Will, c'est le début d'une plongée au coeur d'un autre univers que le sien, et au plus profond de lui-même.
Le réalisateur Anthony Minghella explique pourquoi il a tenu à faire ce film sur Londres, et en particulier sur les différentes cultures qui composent la ville : "A Londres, aujourd'hui, nous dépendons d'un groupe invisible de Kosovars, de Slovènes, de Bosniaques, de Brésiliens, de Mexicains, de Nigérians, de Ghanéens, de gens qui viennent ici et font le travail que nous répugnons à faire. Ils sont invisibles aux yeux des nantis, ils sont invisibles culturellement, mais ils constituent un pourcentage élevé de cette grande ville. Et je me suis dit que si je faisais un film sur Londres, je devais en faire un qui se penche au moins sur cette question, qui examine les différences de privilèges qui caractérisent Londres aujourd'hui. Je voulais faire un film qui puisse parler de cela sans pour autant passer pour un donneur de leçons."
Le film est assez convaincant sous ce rapport. Il est évident que les deux univers de Will et d’Amira se côtoient sans que chacun de ses membres se rende compte de la manière dont vivent ceux de l’autre côté. Les raisons pour lesquelles Will a choisi d’installer son entreprise dans un quartier « à risques » ne sont pas très claires ; il y a là-dedans quelque chose comme du défi, comme s’il avait quelque chose à se prouver. Les préjugés fonctionnent comme il se doit ; quand l’atelier est cambriolé, on soupçonne automatiquement – et contre toute vraisemblance – les femmes de ménage immigrées.
L’histoire d’amour entre Will et Amira est d’emblée faussée par cette différence de condition entre eux. Elle, qui a déjà tout perdu dans sa vie, est prête à faire tout et n’importe quoi pour éviter la prison à son fils. Will, avec toute sa bonne volonté de nanti, ne peut pas comprendre la mesure de cette détermination. Le « happy end » relatif n’est guère cohérent avec tout le reste.
Au début du film, juste après le générique, on voit passer furtivement un renard, perdu sur le pavé de la ville. Amira est comme lui, désorientée et acharnée à survivre. Mais il n’est pas certain qu’elle puisse trouver sa place dans cet univers.
Fuligineuse
image et citation de Allocine
00:05 Publié dans scènes, écrans, images | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note




Commentaires
Moi qui aime bien les renards (et Jude Law et Juliette Binoche), j'essaierai de me souvenir de voir ce film si jamais il sort en salles à Montréal ;o)
Ecrit par : Alcib | vendredi, 23 mars 2007
Je viens de constater que le film est en salle à Montréal en ce moment ; le titre de la version française, ici : « Par effraction »
Ecrit par : Alcib | vendredi, 23 mars 2007
J'irai aussi pour les mêmes raisons ! j'aime beaucoup J.Binoche.
as-tu lu l'entretien que Télérama lui consacre ?
Ecrit par : lydia | vendredi, 23 mars 2007
=> Alcib : si tu vas le voir, je serais curieuse d'avoir ton opinion... (J'avais mis le titre "par effraction" à l'origine, il a disparu je ne sais comment - c'est comme l'histoire des pointillés - je viens de le rétablir.)
=> Lydia : oui, entretien très intéressant. (Je suis une grande lectrice de Télérama et je m'en fiche pas mal si cela en fait ricaner certains...)
On peut le retrouver ici, cet entretien :
http://www.telerama.fr/cinema/B070313001784.html
Ecrit par : fuligineuse | vendredi, 23 mars 2007
J'ai bien compris ? C'est Juliette Binoche qui joue une réfugiée bosniaque ? C'est un peu curieux comme idée de départ, non ? Ne manque plus que Depardieu campant un épicier coréen...
Ecrit par : Didier Goux | vendredi, 23 mars 2007
Arrivé là par hasard , suis tres impressionné par la qualité , la richesse et la sensibilité dégagé par le blog , source d'inspiration ... j'y ai passé un bon moment ... merci A+
Ecrit par : christb | vendredi, 23 mars 2007
=> Didier : oui je me rends compte que a priori ça a l'air absurde, mais elle est plutôt crédible... maintenant il faudrait demander à des Bosniaques ce qu'ils en pensent ! Mais Juliette B. avait déjà joué une fille de l'Est dans L'insoutenable légèreté de l'être, et elle dit partout que sa grand-mère est polonaise...
=> Christb : merci, merci beaucoup. Quelqu'un m'a demandé récemment : mais pourquoi tu continues ? comment tu fais ? et je pourrais lui dire : parce que je reçois des messages de ce genre.
Ecrit par : fuligineuse | vendredi, 23 mars 2007
Juliette Binoche est une excellente actrice, avec juste ce mélange de fragilité et de mystère qui plait tant. Jude Law n'est pas mal non plus, dans un autre registre !
Ecrit par : corinne | vendredi, 23 mars 2007
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